Brigitte Grésy - CSEP : « La persistance de stéréotypes de genre est porteuse de discriminations »

Publié le 20/04/2017
RH

Pour Brigitte Grésy, secrétaire générale du Conseil supérieur de l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes (CSEP), les inégalités professionnelles entre les femmes et les hommes sont protéiformes et s’expliquent par des raisons culturelles. Entretien.

Brigitte Grésy
Brigitte Grésy

Comment les inégalités femmes-hommes se matérialisent-elles dans le monde du travail ? 

Les inégalités sont présentes à tous les moments de la vie au travail et se distinguent par leur caractère multiforme. La manifestation la plus connue concerne l’embauche puisque les femmes sont toujours recrutées à un salaire inférieur à celui des hommes. Ces inégalités se poursuivent ensuite. Les femmes ont en effet un moindre accès aux formations diplômantes et qualifiantes. Elles sont aussi moins promues et restent, tout au long de leur carrière, moins bien payées avec des écarts de salaire, toutes choses égales par ailleurs, de 9 %. Autrement dit, avec un même temps de travail, dans un même secteur, une taille d’entreprise identique et une même catégorie professionnelle, un écart de rémunération reste irréductible. De même, les inégalités se déclinent autour de l’articulation des temps de vie avec une organisation du travail qui s’étire en soirée, ce qui pénalise les personnes devant s’occuper des enfants, c’est-à-dire très souvent les femmes. Elles portent aussi sur la classification des emplois où l’on voit que les métiers majoritairement féminins sont moins valorisés que les métiers majoritairement masculins. Dans le code du travail, il y a au total neuf domaines sur lesquels il faut exercer une vigilance particulière pour éviter ces inégalités. 

Comment expliquez-vous la persistance de ces inégalités ?

Ces inégalités s’expliquent par des raisons structurelles, évoquées plus haut, mais aussi par des mécanismes de discrimination systémique et des archaïsmes de pensée. Les femmes sont considérées comme des « agents à risques » car elles s’occupent des enfants et sont donc, aux yeux des employeurs, moins mobiles, moins disponibles. C’est la conséquence des stéréotypes de sexe. Le monde est vu comme binaire et hiérarchisé où le masculin l’emporte toujours sur le féminin, ce qui dévalorise et infériorise systématiquement les femmes sur le marché du travail. Cette construction différente des sexes existe depuis l’enfance et se répercute ensuite à tous les niveaux dans le monde du travail avec une mention spéciale pour les métiers majoritairement masculins et pour les métiers de gouvernance où la route vers les responsabilités s’avère particulièrement difficile. Il existe une disjonction très nette entre la conscience qu’on a besoin des femmes – les deux tiers des diplômé·e·s du 3e cycle sont des femmes et 83 % des femmes âgées de 19 à 49 ans travaillent – et la persistance de ces stéréotypes porteurs de discriminations qu’on appelle le sexisme. 

Comment progresser vers l’égalité professionnelle femmes-hommes ? 

Nous disposons d’un arsenal législatif important depuis 1983, mais il ne fonctionne pas aussi bien qu’on le souhaiterait. Il faut donc avoir des politiques d’application des lois, y compris en termes de sanctions, que ce soit pour l’accès des femmes aux conseils d’administration ou pour l’égalité professionnelle en entreprise. Je rappelle que toute entreprise de plus de 50 salarié·e·s doit signer un accord sur l’égalité professionnelle ou fournir un plan unilatéral de l’employeur sur la base des neuf domaines de vigilance précisés dans le code de travail. S’il n’y a pas d’accord, l’administration établit une sanction qui peut aller jusqu’à 1 % de la masse salariale. De même, lorsque l’entreprise ne respecte ses obligations légales, elle ne peut soumissionner aux marchés publics. Il s’agit maintenant de faire appliquer de façon plus systématique la loi. Force est de souligner que nous progressons puisqu’en 2015 la loi Rebsamen a fait entrer dans le code du travail l’interdiction de tout agissement sexiste en entreprise, ce qui constitue une avancée significative. 
L’autre solution consiste à accompagner les entreprises, notamment les PME, pour qui le respect de ces mesures s’avère plus compliqué. Le conseil supérieur de l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes a par exemple élaboré un kit pour agir contre le sexisme dans lequel figurent dix leviers d’action pour aider les entreprises à lutter efficacement contre le sexisme. 
Il faut enfin agir contre ces résistances culturelles, ces conceptions préconçues de la vie au travail par des argumentaires et des campagnes d’information et de sensibilisation qui visent à souligner que ces stéréotypes de sexe ligotent les hommes et les femmes dans des injonctions souvent paradoxales et nous empêchent de profiter de tous leurs talents.