Fanny Bugeja-Bloch - sociologue : « Le parc social s'est vidé de sa jeunesse »

Publié le 11/07/2017

Pour Fanny Bugeja-Bloch, sociologue, maîtresse de conférences à l'Université de Paris Ouest Nanterre La Défense, la question du logement des jeunes actif·ve·s reste entière dans une société qui ne s’y intéresse pas spécialement. 

Fanny Bugela-Bloch
Fanny Bugela-Bloch

Comment expliquez-vous que les jeunes actif·ve·s aient de plus en plus de difficultés à se loger ?

Parce qu’ils sont dans une situation plus précaire que les générations précédentes au même âge, du fait d’un marché du travail moins accueillant et plus exigeant qu’autrefois, les jeunes rencontrent structurellement de vraies difficultés pour se loger. Nous observons que la part du budget que les jeunes consacrent au logement s’envole littéralement. Nous avons travaillé sur un indicateur intéressant, qui met bien en évidence ces difficultés, celui du coût moyen pour disposer d’une pièce d’habitation par personne, en location ou à l’achat. Chez les moins de 25 ans, il a presque doublé entre 1985 et 2010 tandis que celui des plus de 60 ans n’a augmenté que de 30 %. Cette envolée des prix de l’immobilier s’explique au regard des inégalités d’accès à la propriété qui touchent particulièrement les jeunes, auxquels s’ajoutent évidemment les populations précaires. Les jeunes d’aujourd’hui sont 25 % à accéder à la propriété, un chiffre globalement identique à celui d’il y a 20 ans et qui signifie que l’essor de la propriété n’a pas été porté par les jeunes. À l’inverse, les plus de 60 ans ont largement bénéficié de l’évolution favorable des prix de l’immobilier, ce qui leur a permis d’accroître leur patrimoine.

Quid des jeunes et des HLM ?

Le parc social, qui se compose pour l’essentiel de grands logements, n’a pas été pensé pour les jeunes. Il s’est donc vidé de la jeunesse, laquelle, au plan sociologique, ne cesse d’ailleurs de s’allonger du fait du nombre d’années d’études, tendanciellement en hausse. Ainsi, la part des 25-35 ans dans le parc HLM est passée de 25 % en 2000 à 18 % en 2010. La décélération est loin d’être neutre. N’oublions pas qu’il y a aussi des inégalités au sein de cette classe d’âge entre les jeunes qui bénéficient d’aides parentales et les autres qui n’en ont pas. Compte tenu de la configuration du parc social où la proportion des petits logements est insuffisante,  les jeunes sont donc contraint·e·s de se tourner vers le parc privé. Mais force est de constater qu’ils·elles se ruinent. Et ne pas pouvoir louer un logement faute de moyens, cela signifie rester plus longtemps chez ses parents, développer des formes de colocation, voire être hébergé·e. J’ajoute qu’en l’absence de baisse des loyers, l’habitat insalubre a beaucoup de mal à être annihilé. 

Selon vous, quelles mesures devraient être prises par les pouvoirs publics pour permettre aux jeunes de se loger décemment et à prix abordable ?

L’objectif doit consister à rendre attractive la location de logement. C’est pourquoi les politiques en faveur de l’accession ne constituent pas une solution satisfaisante. Les mesures sur lesquelles les pouvoirs publics doivent concrètement travailler concernent l’encadrement des loyers et le développement d’un secteur HLM adapté à la jeunesse avec une part de logement très social plus prononcée située pour l’essentiel en ville. À mes yeux, il faut davantage s’intéresser à la question du logement des jeunes actif·ve·s en amont plutôt qu’en aval.