Hélène Subrémon - Saint-Gobain Recherche : « La sobriété énergétique ne dépend pas que des locataires »

Publié le 01/12/2016

Rencontre avec Hélène Subrémon, sociologue de l’habitat, Saint-Gobain Recherche.

Hélène Subremon
Hélène Subremon

Les Français et les Françaises sont-elles·ils de plus en plus sensibles à l’écologie ?

Les derniers sondages tendraient à dire que non : près d’un quart des Français·es affirment ne pas s’intéresser à l’écologie et se détourner des gestes écoresponsables1. Toutefois, ces enquêtes indiquent aussi que d’autres groupes de la population sont beaucoup plus impliqués, voire militants. Il serait alors plus juste de parler d’une polarisation du rapport à l’écologie. Dans mes études, j’ai pu constater qu’effectivement, les écogestes étaient disqualifiés. C'est, selon moi, le résultat d’une promesse non tenue : celle qui prêtait à penser que l’adoption d’écogestes donnerait lieu à des économies financières pour les ménages. Aujourd’hui, la hausse des prix de l’énergie, l’individualisation des charges (notamment) ont concouru à fragiliser les ménages alors même qu’ils cherchaient à se conformer à ce discours. Mais l’abandon des écogestes n’est peut-être pas une mauvaise nouvelle ! Après tout, on sait désormais qu’ils sont peu efficaces : le vrai gisement d’économie se trouve dans une approche plus globale !
 

Comment favoriser des comportements plus « verts » chez les locataires ?

Justement en desserrant l’étau sur les petits gestes du quotidien ! Les locataires ne peuvent pas, à elles et eux seul·e·s, être responsables de la sobriété énergétique de leur logement. C’est l’affaire de toute la chaîne d’acteurs et d'actrices impliqué·e·s dans le logement. Il est temps de prendre en compte les usages de l’énergie dans les choix constructifs et dans les modes de gestion du parc. Il est donc important de mieux connaître ses locataires (leurs modes de vie, leurs attentes) pour mieux les impliquer dans une démarche qui ne les vise pas elles et eux exclusivement, mais montre la démarche globale et cohérente de leur bailleur·e : l’effort de changement doit être partagé tant par celles et ceux ceux qui habitent les logements que par celles et ceux qui les construisent ou les entretiennent ! Ma position, c’est que les usages en matière d’énergie ont déjà changé et que le discours favorable à l’écologie est connu : reste aux bailleur·e·s à démontrer qu'elles·eux aussi peuvent changer leurs propres pratiques professionnelles, en cohérence avec l’effort soumis aux locataires.
 

Quels bénéfices observez-vous pour les parties prenantes de tels projets qui prônent l'implication des habitant·e·s ?

Les bénéfices sont évidemment partagés ! Les habitantes et les habitants s’en trouvent valorisé·e·s puisqu’elles·ils ont la possibilité d'agir pour leur logement, leur cadre de vie. On peut y voir aussi l’occasion de créer du lien social au sein d’une résidence engagée dans un projet. Reste à avoir les garanties, côté bailleur·e, que cette implication collective pourra s’inscrire dans la durée. J’y vois l’occasion, pour la bailleure ou le bailleur, de mettre en lumière des métiers parfois peu valorisés, comme ceux de la gestion de proximité ou de la maintenance.

1 Étude Greenflex/Ademe, juin 2015